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ÉDITORIAL

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L’ÉVANGILE DE LA PROSPÉRITÉ

Voici le témoignage d'un couple du Guatemala qui a assisté à un culte dans une église où l'on prêche la doctrine de la prospérité.

 

Je suis originaire du Guatemala, le « Pays Promis « de l’Amérique du Sud !

D’après un rapport de 2013, la population du Guatemala est à 97% chrétienne (protestants et catholiques inclus), et 35% des habitants se considèrent comme évangéliques.

Pas étonnant que de plus en plus de méga églises (en anglais : megachurch) prônant l’Évangile de la prospérité (composées parfois de dizaines de milliers de membres) s’y développent.

Il va sans dire que le Guatemala n’est pas aussi évangélique qu’on aimerait le croire, et l’Évangile doit, plus que jamais, y être prêché.

En accord avec la branche espagnole de la Gospel Coalition, ma femme et moi avons visité une de ces méga églises. Voici mon expérience.

Étonnamment similaire, fondamentalement différent.

En arrivant le dimanche matin sur le parking de l’église, nous avons été frappés par l’impressionnante organisation des lieux. La 4 voies permettait aux membres d’affluer en même temps pour trouver rapidement une place de parking avant de rejoindre les milliers de membres à l’intérieur du bâtiment. Et tout ça, en l’espace de quelques minutes ! Cela me rappelait mon voyage à Disney World l’année précédente.

Bien qu’à l’heure pour le premier des cultes de la journée, il y avait déjà à l’intérieur de l’église plusieurs milliers de personnes louant Dieu par leurs chants et tapant des mains. C’était extraordinaire !

L’estrade était grandiose et l’accompagnement musical de très bonne qualité. Des dizaines de musiciens y évoluaient. Un placeur nous a conduit à nos places d’où nous avons pu admirer le spectacle.

Pendant une heure environ, nous avons chanté des chants aussi bien traditionnels que modernes. Jusqu’ici, rien de nouveau car la plupart de ces chants sont chantés dans d’autres églises !

Puis un des pasteurs a souhaité la bienvenue à l’assemblée, pour ensuite enchaîner avec les annonces.

J’ai dit à ma femme que ce n’était pas si mal, et que je n’avais noté aucune erreur dans ce qui avait été dit. Elle a souri et m’a dit : « Ils n’ont quasiment rien dit jusqu’à présent ! » Béni soit Dieu pour la sagesse de ma femme !

Ce dimanche-là, ils ont célébré la Cène. C’était similaire à ce que j’avais déjà vu dans bon nombre de petites églises. Le pasteur a lu un passage dans 1 Corinthiens en soulignant notre besoin de repentance, puis a pris le pain, et bu de la coupe avant de terminer par la prière.

Enfin, ce même pasteur a ouvert la Bible et nous a lu Job 1:8-10. Ce que je croyais être le début de la prédication n’était en fait qu’une introduction au temps des offrandes.

Le choix du passage m’a tout d’abord surpris car je n’ai pas de suite saisi là où il voulait en venir. Voici ce que le pasteur a partagé. Chaque jour, Job apportait des offrandes et des sacrifices à Dieu. Le diable a lui-même constaté que lorsque Job donnait la dîme, Dieu le protégeait, lui et ses biens. Ainsi, tout comme Job, nous devons donner de notre argent pour qu’en retour Dieu nous bénisse et nous protège du Malin.

Après quelques minutes où les personnes purent mettre dans des enveloppes des espèces, des chèques ou leurs coordonnées bancaires, le pasteur termina en priant ainsi : « Dieu a établi sa barrière protectrice autour de nous et a promis de nous enrichir. »

Malmener le message de la Bible

J’étais convaincu qu’il n’était pas possible d’assister à une pire interprétation du livre de Job. J’avais tort !

Le pasteur principal de l’église étant en vacances, l’église avait invité un orateur étranger ce dimanche-là. Il commença par faire quelques blagues puis raconta l’histoire de Job.

Job était l’homme le plus riche et le plus juste de son époque. Le livre de Job raconte comment Satan essaya de s’emparer de ses richesses, mais Dieu intervint et changea ces attaques en bénédictions. 

Satan croit qu’offrir des sacrifices à Dieu met une barrière protectrice (des anges) autour de nous. Voilà pourquoi Satan s’attaqua tout d’abord au bétail de Job afin qu’il ne puisse plus offrir de sacrifices à Dieu, et ainsi perde sa barrière protectrice.

Mais à cause de sa fidélité au travers de cette épreuve, Dieu promit à Job de le rétablir et de lui donner encore plus de biens qu’auparavant.

L’orateur fit alors référence à Exode 22 :7 : « Si un homme donne à un autre de l'argent ou des objets à garder, et qu'on les vole dans la maison de ce dernier, le voleur fera une restitution au double, dans le cas où il serait trouvé. »

Que signifie ce verset ? Le prédicateur était convaincue que l’interprétation était toute simple : quand un voleur est découvert, il doit non seulement restituer ce qu’il a volé, mais le faire au double.

Job a eu tort de croire que c’était Dieu qui était derrière tous ses malheurs. Le voleur, c’était le diable en personne ! A la fin du livre, Dieu descendit du ciel et dit à Job : « Ce n’était pas moi le voleur ! Ce n’est pas moi qui t’ai pris tout ce que tu possédais ! C’est Satan le coupable ! » Dieu ne vole pas, il donne en abondance ! Il ne permet pas le malheur de ceux qu’il aime, uniquement du bonheur ! Quand Job comprit qui était le véritable voleur, Dieu put lui accorder le double de tout ce qu’il avait possédé. Dans Job 42:10, il est dit « L'Éternel rétablit Job dans son premier état, quand Job eut prié pour ses amis; et l'Éternel lui accorda le double de tout ce qu'il avait possédé. »

En conclusion, le prédicateur dit que Dieu est assez puissant pour renverser les plans du diable, et que nous avons tous le pouvoir de démasquer Satan, le véritable voleur. Ce faisant, nous pouvons réclamer à Dieu la double bénédiction qui nous est due. 

Je dois ajouter que tout au long de la prédication, des hommes et des femmes vinrent poser de l’argent sur l’estrade. De ma place, à quelques dizaines de mètres, je pus voir qu’il y avait une grande quantité de billets.

Suite à la prédication, un des pasteurs de l’église pria ainsi : « Ne déclarons pas seulement que nous récupèrerons tout ce que nous avons perdu. Déclarons ensemble que Dieu nous doit le double ! » Il poursuivit sa prière en s’adressant à Dieu, avant de dire à Satan : « Laisse-nous tranquille ! Rends-nous ce que tu nous as pris ! Tu n’es qu’un sale voleur ! » 

Le culte se termina avec d’autres chants puis l’assemblée se dispersa rapidement.

Quatre leçons

Ce que je vis ce matin-là me laissa matière à réflexion. Voici 4 leçons que j’ai pu en tirer :

1. Il est vraiment facile de faire dire à la Bible ce qui nous arrange !

Le livre de Job ne raconte pas comment Satan attaqua Job pour lui voler ses richesses dans le seul but que Dieu corrige et transforme ce mal en bénédictions. Ce livre parle d’un homme fidèle qui fut mis à l’épreuve, et qui, malgré les pertes qu’il subit, ne mit jamais en doute la bonté de Dieu (Job 13:15). C’est l’histoire d’un homme qui continua à aimer Dieu lorsqu’il perdit ses biens et ses enfants. C’est un livre qui traite de la souffrance (Job 1:13-22).

Dans l’épilogue du livre, on découvre que Job est surtout un livre qui parle de Dieu. On y découvre un Dieu dont les pensées sont élevées au-dessus des nôtres (Es 55:8-9), dont on ne peut pleinement saisir les desseins (Job 38), un Dieu qui donne et reprend selon son bon vouloir (Job 1:21) mais à qui on peut faire confiance même lorsque tout s’écroule autour de nous !

Il est si facile de transformer le message d’un passage en n’utilisant que quelques versets ici et là. Si on lit et prie tout en étudiant la Bible dans son intégralité, elle se révèlera d’elle-même à nous. N’enseignons pas un passage en le désolidarisant du reste de la Parole de Dieu.

2. Il est facile de cacher de fausses doctrines sous une chrétienté superficielle !

Après une heure passée dans cette église, je n’avais pu déceler aucune fausse doctrine. J’étais juste dans une église bien plus grande que la moyenne. On chantait les mêmes cantiques, on employait le même jargon qu’ailleurs, et le déroulement du culte était similaire.

Cependant, comme ma femme me le fit remarquer, l’Évangile n’avait pas été prêché ; bien plus, aucun enseignement sur la foi chrétienne n’avait été donné. J’appelle cela de la « chrétienté superficielle », et il n’y a pas meilleur camouflage à l’enseignement de fausses doctrines.

Un prédicateur qui enseigne l’évangile de la prospérité peut énoncer des choses justes et vraies. Mais ce sera toujours un moyen pour arriver à ses fins. Avec le bon vocabulaire, une bonne tenue vestimentaire, en aidant les pauvres la Bible à la main, tels sont leurs ingrédients pour prêcher leur propre évangile !

Malheureusement, même si nous ne sommes pas de faux docteurs, nous sommes tous plus ou moins coupables de ce même péché. Avez-vous déjà essayé de paraître aussi bon chrétien que possible en montrant le meilleur de vous-même, en faisant ce qu’il fallait pour cacher les impuretés de votre coeur (Mt 23:27) ? Combien nous avons besoin de Jésus ! Si ce que nous montrons ne correspond pas à ce qu’il y a au fond de nous-même, il est grand temps de nous repentir (1 Jn 1:9-10) et de nous tourner vers Jésus.

3. Il est facile de se focaliser sur des points secondaires !

Le problème de cette église n’était pas sa taille, ni sa musique un peu trop forte, ni même les blagues du prédicateur. Ces choses ne sont pas mauvaises en soi et ne constituent d’ailleurs pas le sujet de cet article.

La musique peut être forte à condition que la théologie enseignée soit plus forte ! Une église peut être énorme à condition que la vision de Dieu soit plus grande encore ! L’estrade peut avoir de superbes éclairages à condition que l’amour pour Christ soit plus brillant ! Raconter des blagues en prêchant peut se faire à condition qu’on sache être sérieux lorsqu’il s’agit de l’Évangile ! Ne nous focalisons pas sur tous ces points secondaires. Veillons à ce que l’Évangile soit proclamé !

4. Les gens ont besoin de Jésus, pas de votre cynisme !

La plupart des vidéos, articles ou toutes autres ressources évoquant l’évangile de la prospérité sont plus animés par une sorte de haine que par de l’amour. Quand on cherche à dénoncer de faux docteurs, même avec de justes motivations, on a plus tendance à ridiculiser et embarrasser les personnes concernées qu’à exprimer la vérité dans l’amour (Eph 4:15 ; 2 Ti 2:24-26). Sachons faire preuve de compassion envers ceux qui adhèrent à l’évangile de la prospérité et mettons-nous à leur niveau pour leur enseigner la vraie bonne nouvelle.

Je n’ai pas écrit cet article pour que vous le partagiez avec votre ami(e) qui fréquente une église prônant l’évangile de la prospérité afin de lui démontrer qu’il (ou elle) a tort et se sente ridicule. Arrêtez de dénoncer sur votre page Facebook ces faux docteurs. Cherchez plutôt à amener avec douceur ceux qui les écoutent à Christ. Tout comme le pharisien dans Luc 18:9-14, nous prions, ou même pensons, « O Dieu, je te remercie de ne pas être (…) comme (ces) autres hommes » alors que nous devrions avoir le cœur contrit de voir tant de personnes aveuglées et égarées loin du troupeau de Christ.

Nul besoin de partager une nouvelle vidéo montrant des pratiques ridicules des églises prônant l’évangile de la prospérité. Partageons l’Évangile lors de tête-à-tête, et démontrons patiemment en quoi le Seigneur Jésus vaut bien plus que toutes les promesses de richesses terrestres.

Steven Morales est éditeur pour le site Coalición por el Evangelio, la branche espagnole de The Gospel Coalition et Évangile 21. Il vit au Guatemala avec son épouse.
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